Qu'est-ce que traduire le monde ?
Geneviève Besse nous conduit sur l’autre rive avec des lettres, des mots, des restes de mots et de phrases. Ces mots étaient censés donner une certaine mise en représentation, une certaine mise en forme de la pensée par rapport au monde – ils introduisaient déjà une différence, un décalage – Etant manuscrits, de surcroît, ils proposaient un tracé, des biffures, un mouvement,un rythme sur la page qui n’était pas sans rappeler, dans cette activité de scribe, le geste du dessinateur, du peintre. En sélectionnant les éléments manuscrits, en les agrandissant, les tronquant, les manipulant d’une façon générale, Geneviève Besse ajoute au décalage entre le réel et l’illusion de sa représentation.
Elle crée une série de filtres où le réel se décompose. Il nous est demandé, non pas de reconstituer le texte original, encore moins son rapport évasif au monde – il nous est demandé simplement de participer à une aventure de l’imaginaire –devenir nous-mêmes l’œil, la main – partager un instant l’expérience unique de l’écriture et de la ligne dessinée, de la forme peinte, de la matière du papier, de l’encre (…)
Claude Held, écrivain (extrait) |